Séminaire Les Afriques au pluriel 2022-2023

Organisation

Salim Abdelmadjid
Stéphanie Lima
Mathilde Rogez
Pierre Soubias

Présentation

Le séminaire de la structure fédérative de recherche en études africaines à Toulouse (UT2J, UT3-Paul Sabatier, Sciences Po Toulouse) est un séminaire pluridisciplinaire créé dans le prolongement des « Rencontres des études africaines en France » organisé à Toulouse en 2022. Il a pour objectif de réunir les chercheur-e-s en études africaines de la région toulousaine et de constituer un espace de formation pour les étudiant-e-s qui souhaitent s’orienter dans ce domaine. 

L’esprit du séminaire est de nous situer à l’interface de nos disciplines, voire de sortir de nos domaines de spécialité et d’amener chacun-e à proposer une lecture plus transversale de ses recherches.

Le séminaire prévoit une séance mensuelle à l’UT2J, à l’UT3 et à La Manufacture (Sciences Po), et une journée d’études à l’automne.

Trois axes de réflexion ont été retenus pour 2022-2023 : « Afrique et utopie », « Circulations », « Minorités, diversités, langues ».

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En guise de présentation du programme du séminaire en 2022-2023, nous retranscrivons l’introduction de Salim Abdelmadjid à la première séance publique du séminaire, le 24 février 2023.


« Pour introduire au thème de la séance, je rappellerai les deux raisons principales de son titre, « Afrique et utopie ».

La première tient à la fonction de ce séminaire, cette année, qui est de contribuer à la structuration scientifique – et, dans cette forme publique, pédagogique – du réseau des enseignant-e-s-chercheur-e-s – et, dans cette forme publique, des étudiant-e-s – en études africaines de Toulouse et de la région, qui se sont rencontré-e-s largement à l’occasion de l’organisation des Rencontres des études africaines en France [REAF] l’année dernière. Il apparaît que, pour un réseau d’études africaines, c’est-à-dire qui définit son point commun exclusif par son sujet, l’Afrique, la question « qu’est-ce que l’Afrique ? », posée collectivement, peut fonder et orienter une telle structuration : c’est le sens de la position première du nom d’Afrique dans le titre de la première séance [publique] du premier séminaire post-REAF ; et ce sera le sens de la première communication.

La seconde raison principale du titre de cette séance tient à la réflexion menée par les organisat-rice-eur-s du séminaire cette année, abordée lors de la première réunion, cet automne, préparatoire du cycle de séances publiques inauguré aujourd’hui, à propos du titre du séminaire, « Les Afriques au pluriel », que nous héritons d’un séminaire de géographie qui était organisé sous ce titre jusqu’à l’année dernière par Catherine Baron, Emmanuel Chauvin et Stéphanie Lima, qui résulte explicitement de la pluralisation de l’Afrique, que nous connaissons bien désormais dans le champ français des études africaines puisqu’on le retrouve dans les noms des principaux laboratoires d’études africaines en métropole : l’Institut des mondes africains à Paris et Marseille […], Les Afriques dans le monde à Bordeaux […].

On comprend la raison d’une telle pluralisation : plus fondamentalement encore que la reconnaissance de la diversité possible des disciplines et des perspectives, la résistance aux homogénéisations, généralisations, essentialisations dont l’Afrique et les Africain-e-s ont été l’objet, non seulement dans le domaine scientifique avec pour conséquence des abstractions et des erreurs fondamentales, mais aussi et surtout politiquement, tant ces homogénéisations, généralisations, essentialisations sont caractéristiques des discours et des dispositifs racistes qui ont violenté et continuent de violenter les Africain-e-s. On comprend donc le sens scientifique et épistémologique, éthique et politique, de la pluralisation.

Il n’en reste pas moins qu’elle est opérée sur le même et unique nom d’Afrique, et qu’elle présuppose donc un point commun exclusif, une différence spécifique, à toutes les Afriques ainsi pluralisées, à toutes les occurrences de l’Afrique. La pluralisation ne peut pas faire l’économie des questions « qu’est-ce que l’Afrique ? », « qu’est-ce qui en fait l’unité ? », « qu’est-ce qui est commun aux Africain-e-s ? ». Au contraire, elle les appelle, en les modalisant : « comment poser la question « qu’est-ce que l’Afrique ? » de manière non essentialisante ? », « comment concevoir une unité non homogénéisée ? », « comment penser et dire le commun des Africain-e-s sans le généraliser ? »

Problématisant ainsi la pluralisation, nous avons, dans une discussion de la première réunion préparatoire de cette année, convoqué une perspective historique et constructiviste sur l’unité de l’Afrique, en rappelant que l’Afrique telle que nous la connaissons à présent résulte d’une construction historique dont on peut repérer le commencement à peu près dans le second XVe siècle et d’une réappropriation, d’une reconstruction, éminemment révélée par les luttes de libération. L’idée du thème de l’utopie a été exprimée là, qui permet : premièrement, de ne pas réduire la question de l’unité de l’Afrique à son passé, mais de la projeter dans l’avenir qui semble le temps privilégié de l’utopie ; deuxièmement, d’acter, dans les études africaines, l’indissociabilité de l’épistémologie et de la politique – il y a une signification politique irréductible du mot d’utopie dans la langue française contemporaine – ; troisièmement, de favoriser un travail collectif interdisciplinaire, puisque, pour m’en tenir aux organisat-rice-eur-s, comme son étymologie l’indique, l’utopie appelle l’articulation à la temporalité de la spatialité, et à l’histoire de la géographie, puisque l’utopie est un thème littéraire si important, et philosophique aussi comme nous le savons depuis Thomas More.

Voilà donc comment l’objectif de la structuration scientifique du réseau des études africaines à Toulouse et dans la région, et la problématisation de la pluralisation de l’Afrique ont conduit au titre de cette séance, « Afrique et utopie », et à cette question que nous pourrons peut-être développer : y a-t-il une unité utopique de l’Afrique ?

Je terminerai ce préambule en compensant l’effort de rationalisation du titre de cette séance par un effort de lucidité : nous n’en sommes évidemment pas au point de pouvoir formuler ensemble un programme de recherche, qui s’appellerait par exemple « Afrique et utopie ». Les réunions préparatoires de cet automne et de cet hiver à ce cycle de séances publiques avaient pour objectif organisationnel de nous permettre de franchir une strate d’intégration intellectuelle tout en respectant les désirs des un-e-s et des autres. Les titres de cette séance et des séances à venir n’ont pas la prétention d’être des titres de programmes de recherche, moins encore de recherches achevées, mais ont simplement vocation à constituer des propositions d’espaces collectifs de réflexion, dont les délimitations particularisées, par rapport à celle générale d’études africaines, sont censées permettre de densifier les échos entre nos thématiques, problématiques, disciplines, et de franchir ainsi ensemble une strate d’efficacité dans notre tâtonnement vers la meilleure structuration possible du réseau des études africaines de Toulouse et de sa région. »

Programme 2022-2023



Afrique et utopie

Afrique et utopie



L'africanisme en question L'africanisme en question

Durabilité et interdisciplinarité Durabilité et interdisciplinarité

Circulation des normes et agriculture mondialisée Circulation des normes et agriculture mondialisée
Circulation, langues, savoirs et développement Circulation, langues, savoirs et développement